Cathobel 04/30/2018

Cathobel – Sant’Egidio : solidarité et chaleur humaine

Le week-end dernier, la Belgique a rendu hommage à la Communauté de Sant’Egidio, fondée il y a cinquante ans à Rome. Le mouvement de laïcs ouvrait ses portes à Bruxelles, Liège, Louvain, Malines et Anvers, où se tenait également une séance académique. Car la communauté vit une ‘glocalisation’ : une action globale avec de fortes racines locales.


l y a 50 ans que le jeune étudiant Andrea Riccardi s’est mis à Rome à vivre « la Bible et le journal à la main », fondant une communauté qui met l’Évangile en pratique en nouant une amitié avec les pauvres. Le week-end dernier, cet anniversaire a été fêté avec une journée portes ouvertes à Anvers, Bruxelles, Liège, Louvain et Malines. Samedi-soir à la collégiale Saint-Barthélemy de Liège, une première messe d’action de grâce a été présidée par l’évêque de Liège, Mgr Jean-Pierre Delville.

Dimanche à Anvers, une séance académique a été consacrée au jubilé de la communauté. Plusieurs orateurs renommés, dont le ministre d’État Herman Van Rompuy, la Commissaire européenne Marianne Thyssen, le Vice-Premier ministre Kris Peeters, le Grand rabbin de Bruxelles Albert Guigui, et l’évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, ont formulé des messages de louange et de remerciements. Trois orateurs ont, par leur témoignage, particulièrement ému l’auditoire: le conseiller spirituel de Sant’Egidio, Mgr Vincenzo Paglia (qui par ailleurs a aussi présidé la messe d’action de grâce tenu après la séance académique dans la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption d’Anvers) ; le sociologue Bea Cantillon ; et l’ancien éditorialiste Luc Van der Kelen de « Het Laatste Nieuws ».

Grande effervescence

Vincenzo Paglia est aujourd’hui le Grand Chancelier respecté de l’Académie pontificale Saint Jean Paul II de la Vie, mais il était encore un jeune prêtre quand l’action de Sant’Egidio débuta en 1968. « C’était une époque de grande effervescence » dit-il, « tant dans l’Église avec le Second Concile du Vatican que dans le monde séculier, où on avait l’impression que tout pouvait changer… et devenir plus juste. Notre intuition était de lier ces deux perspectives et de faire de l’Évangile la source de la révolution. Mais cette approche portait en elle le risque de devenir soit trop évangéliques soit trop révolutionnaire. Nous avons pu détourner ce risque d’une part par la prière quotidienne afin de changer d’abord nos propres cœurs, et d’autre part en traversant les barrières qui séparaient les étudiants bourgeois que nous étions des pauvres qui vivaient par milliers dans les baraques des périphéries de Rome. »

Bea Cantillon, Présidente du Centre d’Études Sociales Herman Deleeck à Anvers, a consacré déjà plusieurs décennies à l’étude de la pauvreté, de ses causes et de la lutte structurée contre cette pauvreté. « La première fois qu’on me demandait de donner pour les Banques alimentaires par exemple, j’ai refusé » dit-elle. « J’étais trop convaincue du pouvoir de l’État-providence. Mais je ne peux que constater, trente-cinq ans plus tard, que 160.000 concitoyens font appel aux Banques alimentaires. Je suis encore toujours convaincue de l’importance de l’État-providence, car il nous a procuré un progrès social inouï… mais sans pouvoir remédier à toutes les injustices et inégalités. C’est pourquoi, à part cette solidarité structurelle dite ‘froide’, nous avons aussi absolument besoin de solidarité chaleureuse comme celle de Sant’Egidio. Cette solidarité chaleureuse crée la confiance et joue par ailleurs aussi le rôle du canarie dans les mines : s’il elle ne pouvait plus se déployer, on serait définitivement perdu. »

50 ans et toujours un nouveau mouvement

Entre tous les croyants qui tenaient à célébrer ce 50ème anniversaire de Sant’Egidio, il y avait aussi un non-croyant ; l’ancien éditorialiste Luc Van der Kelen de « Het Laatste Nieuws » se dit ouvertement agnostique, mais a toujours témoigné d’un grand respect pour ses amis croyants. « Nos jeunes ne connaissent plus les grands récits » disait-il, « ce qui est une sérieuse régression. Car en ces jours où l’individu vit une vie plus sécurisée que jamais auparavant dans l’histoire, il manque de possibilités de se sentir lié aux autres. Relier les gens entre eux – religare est la racine étymologique de religion – est ce qui compte réellement. La Communauté de Sant’Egidio le fait réellement. On l’appelle encore toujours un nouveau mouvement, malgré ces 50 ans, car elle vit le cœur chaleureux comme ces premiers communautés dans l’ancien empire romain d’il y a deux millénaires. En tant qu’agnostique, je ne sais pas grand-chose, mais je sais que le jour où je ferai appel à eux, j’aurai des amis chez Sant’Egidio. »




Benoît Lannoo