COMMUNIQUÉ DE PRESSE À L’OCCASION DU MEURTRE DE JULIE VAN ESPEN

11 mai 2019

La ville d’Anvers est encore sous le choc du terrible drame qui a ôté la jeunesse et la vie de Julie Van Espen de façon cruelle et criminelle.

La Communauté de Sant’Egidio souhaite exprimer ses condoléances à sa famille et ses amis. Tout notre respect pour la façon dont ses parents et ses proches portent cet indicible chagrin: dans la sérénité, sans mettre de l’huile sur le feu de la vengeance.

Sant’Egidio exprime également sa solidarité avec la famille de l’auteur. Steve B. fréquentait sporadiquement Kamiano, le restaurant pour sans-abri de Sant’Egidio. Nos équipes mobiles l’ont rencontré quelques fois dans les environs de la Gare Centrale. Nos collaborateurs le connaissent comme un homme solitaire et taciturne, qui ne permettait pas le vrai contact. Lundi matin ils ont eu immédiatement des contacts avec les services de police et nous les félicitons pour leur travail professionnel qui a mené à son arrestation rapide.

À côté de l’indignation vis-à-vis de cet acte affreux et le fait qu’un fait de mœurs antérieur n’avait pas encore pu être jugé en appel, il ne faut pas oublier que personne ne naît en tant que malfaiteur. Il avait été lui-même victime d’abus sexuel à un très jeune âge et souffrait probablement d’autres blessures jamais cicatrisées. Voilà pourquoi nous saluons l’engagement de la famille de Steve qui a continué à l’accueillir ces dernières années, même quand cela était très difficile et que beaucoup d’autres avaient abandonné.

Sur base de nos expériences à Kamiano, nous avons prévenu à plusieurs reprises les autorités, la justice et la police qu’à cause du cocktail de problèmes psychiatriques et de dépendances de toutes sortes, certaines personnes – heureusement un nombre somme tout restreint – représentent un réel danger pour la société. On sort souvent pire de prison que l’on y est entré. Le suivi et l’accompagnement sont insuffisants. Certains sont comme assis entre deux chaises, entre la prison et les soins. Trop souvent il faut attendre cet “accident waiting to happen”. Il vaudrait mieux intervenir avant que la bombe à retardement n’explose.

Voilà pourquoi nous lançons un appel pour que plus de personnes et de moyens soient mis à disposition pour que des équipes multidisciplinaires puissent suivre ces personnes parfois difficiles à gérer – en particulier les délinquants sexuels mais pas exclusivement. Pour d’autres affections complexes on fait aussi appel à une équipe de spécialistes autour du malade, alors pourquoi ne pas améliorer la collaboration entre la justice, la psychiatrie et le secteur social – pour préserver la sécurité de tous? Défendre la sécurité demande une approche multilatérale, où les autorités fédérales, communautaires et locales, la police, la justice et l’aide médicale travaillent main dans la main. Notre société doit oser investir dans la justice et l’assistance médicale, avant qu’il ne soit trop tard. Il faut entre autres rendre les prisons plus humaines et élargir les centres de psychiatrie légale – comme cela a été fait ces dernières années – mais il faut également investir davantage dans l’accompagnement professionnel et à longue durée de détenus pendant et après leur détention. Trop de personnes récidivent après des condamnations antérieures. Cela dit quelque chose sur eux, mais aussi sur la politique de la sécurité au sein de la chaîne judiciaire et sociale. Et donc aussi sur notre société.

Certains ont réclamé la réintroduction de la peine de mort. Sant’Egidio, qui s’engage en faveur d’une abolition de la peine de mort à l’échelle globale, s’y oppose bien évidemment. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut être laxiste avec les auteurs de crimes et les personnes qui constituent un danger potentiel. La meilleure manière est d’accompagner les personnes avec une problématique complexe de façon professionnelle, interdisciplinaire, intensive et dans la durée. Des programmes de soins sur mesure plus audacieux sont la voie vers plus de sécurité dans la société.

Pour toutes ces raisons, des collaborateurs de Sant’Egidio participeront à la marche silencieuse dimanche en mémoire de Julie, et pour que sa mort ne soit pas vaine. Et parce que la sécurité n’est pas seulement la responsabilité du monde politique, de la police et de la justice, mais de nous tous.